Sombres instants

Sur le drap de lin livide,

Tout est vain et tout est vide

La mort lâche sa bordée

Sur une vie débordée.


Antigone involontaire,

La femme avance au tombeau.

De l'autre bout de la terre,

Arrive un sombre corbeau


Dans les yeux de porcelaine

De ce visage endormi,

Le soufre souffle une haleine

De fiel vert et de vomi.


À sa bouche diaphane,

Trois pointes rouillées d'un christ

Clouent une fleur qui se fane,

Sur une moue un peu triste.


Les murs suintent les silences

De l'effroi et de la peur.

Sous un dais fait de six lances

La garde emporte son cœur.


Armée de l'ombre inhumaine,

Ton cortège, à pas trop lourds,

Entoure l'âme et l'entraîne

Aux rives des fleuves sourds.


Au chevet du lit en fer,

Un archange, à part, a dit :

« Elle vit là, un enfer

Pour gagner le paradis »


Sur le drap de lin livide,

Tout reste vain, presque vide.

Des rimes traînent toujours

Dans le lit de mes amours.

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