Promenade

Il fait très beau ce matin sur la rue de Bourgueil.
Les cafetiers attendent les clients en ramassant les feuilles,
Feuilles de cahiers d’écoliers qui rêvent d’amours adolescents
Ou feuilles d’impôts abattues à trente pour cent,
Feuilles d’automne oubliées au milieu de l’été,
Comme les cheveux roux qu’on venait de couper
Chez le coiffeur en face
En face de la glace
Qui reflète l’espace inoccupé
Par les feuilles qui naîtront cet été.
Une brise légère et matinale espère au coin de la fontaine
Que les filles tout juste âgées d’une vingtaine
D’années sortent dans la rue pour leur soulever
Le jupon au tissu léger.
Sur les toits de tuiles rouges comme des feux de rasoir,
Les antennes , en poils de barbe, dardent, servent de perchoirs
Aux corneilles, aux pigeons et à trois cumulo-nimbus
Q’un chasseur veut prendre pour les mettre dans un bus.
Une vieille, au troisième, secoue son tapis par la fenêtre
Et des lambeaux de sa vie, des souvenirs peut-être,
S’échappent en vagues nuages et vont droit
Chez une autre, androgyne et misandre, voisine de surcroît,
Qui se hâte de fermer ses volets
En hurlant : « Mais qu’est-ce que vous voulez? »
Un policier moustachu au possible, règle la circulation
Et une vieille addition
Qu’il avait oubliée au bar des Trois Platanes,
Un jour qu’il avait bu trop de tisanes
Mais il est vrai qu’ici, il n’y a guère d’ardoises,
Seulement des tuiles rouges qui cherchent des noises
Aux antennes de la rue de Bourgueil
Parce qu’elles accueillent
Des corneilles, des pigeons et des cumulo-nimbus
Qui ne prennent pas le bus…..

 

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