Mon Frère

l'usine de retraitement

 

Mon frère, il a soi-disant soixante ans. Ça dépend des jours. De toutes façons, il ne les fait pas. Il a jamais rien fait, mon frère, même pas son âge. Alors vous voyez bien.

Enfin, quand je dis qu’il ne faisait rien, j’exagère. Il travaillait dans une cave vinicole. Maintenant il est retraité, à La Hague. Des chaix à la Hague, y’a que lui pour faire ça! Là-bas, il en profite pour faire la manche. Ça lui arrondit les fins de mois.

Oui, retraité. Avant, il était traité simplement, de tous les noms. Surtout par les béni oui-oui qui lui reprochaient sa passion pour le Q. Ah oui, mon frère, c’était un homme de lettres. Il aimait tout particulièrement le Q. Il ne prenait jamais l’R, trop renfermé pour ça. Le T parfois mais pas souvent, ou avec un nuage de lait, les jours de pluies. Et encore, il attendait que ça se tasse. Mais il aimait tellement le Q que même les abbés cédèrent et le laissèrent partir. Allez, bon vent avec ton Q. Et des abbés céder, ce n’est pas souvent le K. Il faut dire que mon frère avait entamé des études de mathématiques dans une école protestante de Strasbourg. Mais se taper des calculs dans le Rhin, il a pas supporté. Surtout les opérations. De toutes manières, ce n’était pas très catholique, tout ça! Et lui était plutôt A T

Forcement un mec qui on aime le Q, il faut qu’il accepte le P, sinon, il est con, c’type! Mais on ne verra jamais un gars qui aime les P dans un omnibus. Vous pensez bien, sitôt qu‘on dit : arrêt, c’est trop pour lui. Faut pas pousser. Surtout pas. Non, un mec qui aime les P croisera le fer mais pas en chemin. Il prendra plutôt, l’air. Ce qui veut dire qu’un gars qui M l’R aime les L aussi. A moins que ce soit un âne auquel cas on lui donnera du hue, peut-être du hi, pas de han. S’il est monté sur ou comme un cheval; il prendra des lettres comme N, I, mais il ne fera pas fossoyeur, il prendrait le mors aux dents. Bien que D,C,D c’est trois lettres qui lui plairaient. Sauf qu’on répète deux fois le D. mais bon, on en a pleins. D’ailleurs souvent on les jette.

J’ai connu un gars qui le faisait bien. J’allais l’aider parfois à les jeter. À Léa. Il pouvait jeter n’importe quoi, les coups d’œil, les sorts, comme les harengs. À ce propos, il avait failli avoir un frère aussi, du signe du poisson. Mais il est pas né. Dommage, il aurait pu tenir un bar. À La Hague. Mon frère aurait pu s’en jeter un aussi.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×