Le stage de personnalité

Mon psy m’a dit que j’avais des troubles du comportement. Il m’a conseillé de suivre un stage de renforcement de la personnalité. S’il le dit, c’est que c’est vrai. Sans ça, il le dirait pas. C’ést sérieux un psy. Ça se trompe pas.

Alors j’en ai fait un. Incarnation et Ressentir, qu’il s’appelait le stage. En Ardèche. C’est un copain à moi qui m’a donné le tuyau. Il y avait déjà été, lui. Il avait fait Glaiso-thérapie et danse libre. Ça lui avait fait du bien. Il est revenu, il était guéri. D’un autre côté, en partant, il était déjà pas malade. Mais ça lui avait fait du bien, qu’il m’a dit. À part qu’il était revenu avec un rhume. C’est ballot!

C’est en pleine campagne, une ancienne ferme. Le centre, ça s’appelle Insecte de paix. Enfin, c’est ce que j’avais compris. En vrai c’est un : secte. Deux : paie. Je crois que c’est comme un jeu de mots. Ils sont drôles, ces thérapeutes. C’est pas horriblement cher. 500 euros pour le week-end. Plus les frais d’inscription et de dossier, évidemment. 195 euros. Il y a même un forfait qui offre des possibilités d’hébergement en dortoir commun et on peut manger sur place. C’est bien, comme forfait, c‘est pratique. Pour 195 euros t’as le lit de camp et les 5 repas : 2 petits déjeuners, 2 déjeuners, 2 goûters et 1 repas pour le soir. Eau à volonté. Le premier petit déjeuner est offert, si tu arrives avant 4 heures du matin, le samedi. C’est sympa. C’est pour l’accueil.

Moi, je suis arrivé trop tard pour le premier petit déjeuner. Quand je suis descendu à la gare de Voguë, il n’y avait personne qui venait me chercher. Normal, je n’avais pas pris l’option Navette et Transport. C’est pas la question des 99 euros supplémentaires. C’est pas pour une centaine d’euros de plus que Sofinco m’aurait refusé le crédit. Non, c’est juste que j’ai pas osé les déranger à deux heures du matin. Ça me gênait. Et puis quinze kilomètres à pieds, c’est pas le bout du monde, même avec une valise. Ça fait du bien de marcher… sauf pour les pieds.

En tout cas, il y avait du monde pour m’accueillir à la barrière. Un grand monsieur, les cheveux coupés courts avec un dogue allemand. Pas très commode, le chien, au premier abord. Mais très vite, il m’a semblé beaucoup plus gentil que son maître. Mais bon, il faisait son boulot, le gars, aussi. Il n’était pas là pour faire l’hôtesse d’accueil, mais pour la sécurité. C’est important pour nous d’avoir la paix. C’est ce qu’ils disent tous là-bas. « Vous, vous retrouvez la paix et nous, on vous prend la moitié de la vôtre. ». Toujours est-il que j’ai loupé le petit déjeuner offert, mais c’est un peu de ma faute si j‘ai pas pu avoir le bol de chicorée et le petit beurre sous cellophane. J’ai traîné en route. Les ampoules, ça retarde un peu, quand même.

Le programme avait l’air sympa. On a commencé par une petite marche. Moi, de ce côté-là, j’étais bien chaud. C’est vraiment vivifiant, la bise, au mois de novembre, à six heures du matin. J’ai juste regretté qu’on fasse les plateaux de l’Ardèche tout nu. Mais bon, il parait que c’est excellent pour la santé. Et puis on se sentait libre. Enfin, moi, je me sentais frigorifié surtout. Allez, je vais pas commencer à me plaindre. On pouvait faire tout ce qu’on voulait pendant la marche. On avait même le droit de parler. Pourtant c’est pas facile en claquant des dents. Et on était pas obligé de marcher au pas cadencé. C’était seulement conseillé, pour préserver l’harmonie du groupe. Non, pas de règlement pour cette activité. J’en veux pour preuve qu’ils appelaient cette exercice, la marche au pas de loi. On est rentré tard, il faisait nuit. On a même loupé le goûter. Je me demande s’ils vont le rembourser. Ah non, c’est un forfait. Heureusement qu’on avait mangé une soupe d’ortie froide à midi. C’est le moniteur qui l’a faite. Même qu’on a eu des châtaignes en dessert. En Ardèche y’en a plein. On était fatigué mais on se sentait bien après ce contact avec la nature.

Ensuite on a fait expression corporelle. On a mis des habits très à la mode et amples, un peu resserrés à la taille par un gros ceinturon en cuir. Vous savez, ces vêtements un peu verts, un peu marron, avec des touches d’ocre. Dans les tons de la nature. C’était pour rappeler qu’on est une partie intégrante de la nature. C’est les chaussures qui étaient un peu lourdes, ces espèces de chaussures montantes en cuir noir, avec des lacets en bas et deux boucles en haut, à la hauteur de la cheville.

Le but de l’exercice était de ressentir le corps, surtout celui des autres. Le positionnement somatique dans l’espace, qu’ils appellent ça. C’est un beau garçon qui nous a fait l’enseignement. Un blond au regard clair, qui s’appelle Foehn. Un norvégien, ou quelque chose comme ça. Tout le monde l’aimait bien au centre car tous prenaient des nouvelles de sa santé. « Ça va, Foehn? Ça va Foehn? » qu’ils demandaient sans cesse. Dommage qu’il répondait pas en Français, on comprenait rien à rien de ce qu’il disait. Mais c’est un vrai maître, diplômé de la faculté des tribunes est du PSG, parait-il.

Au début du cours, on était un peu tendu, surtout du côté du bras droit. Mais après, c’était mieux. J’ai commencé à bien sentir les corps des autres, surtout au niveau du ventre, quand ils me mettaient des coups de rangers. Ça fait un tout petit peu mal, quand même. J’ai même pleuré. Foehn m’a expliqué en mauvais français que j’étais sur la bonne voie et que c’était ma personnalité qui commençait à me ressortir par les yeux et que mon agressivité s’exprimait au travers de mes larmes. Elle s’est beaucoup exprimée d’ailleurs, au moins pendant deux ou trois paquets de Kleenex. Il a fallu que j’attende l’atelier Manche de pioche pour trouver ma plénitude. J’ai eu comme un déclic. Je sais pas si c’est l’odeur du sang ou la vue du morceau de cervelle de l’autre qui traînait parterre, mais j’ai eu comme un déclic. J’ai presque dépassé le maître. Je sais pas non plus si je vais être agrégé en la matière, mais l’autre, je l’ai carrément désagrégé.

Ah mince, il faut que je vous quitte maintenant. J’ai pas pu finir le stage Incarnation et Ressentir Non! Mais je refais un autre stage. Incarcération et repentir. Pendant trois ans. Ferme aussi. Mon avocat m’attend au parloir.

 

 

 

 

 

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