Le poète débutant

Dans les ombres des grands, un soir de lune pleine,

Je crus qu’une muse se glissait dans ma veine.

Allons quoi, mon garçon, ça n’est pas compliqué

De faire rimer deux mots qui finissent par É !

Je n’en connais pas moins que ce fameux Verlaine

Dont on me gâte l’esprit, la bile et l’haleine.

Et à bien y penser, je parie que Hugo

Se servait très souvent de son petit dico.

Assurément, deux minutes de réflexion

Suffisent amplement pour passer à l’action.

Trempons donc la plume et commençons la chose.

Il faut en premier lieu inventer quelque chose

À dire, un sujet, quoi. Un peu tendre, un peu beau,

Un tantinet triste, donc pas trop rigolo…

Parlons de l’amour, voilà, c’est ce qu’il me faut.

Pour en trouver la rime, il faut être Rimbaud?

Tout le monde le sait : après, on met « toujours ».

Point n’est besoin de rentrer dans des longs discours.

Amour et toujours. Que peut-on trouver de plus riche?

Tout cela est facile! À croire que je triche!

J’ai peur que l’on croit que j’ai copié Baudelaire.

Mais qu’importe, après tout, l’important est de plaire.

Et à rimer si bien, je devine un bonheur :

Sous peu je dînerai chez un grand éditeur.

Allons, continuons donc. Je tiens déjà la fin.

Et pour boucher les trous, il faut être malin.

Évoquons les oiseaux puisque Dame Nature

Et poésie font ménage, la chose est sure!

Et pour gagner du temps, adieu l’alexandrin.

Les modernes n’en font pas, cela est certain.

Même les Japonais, en faisant des Haïku

En font un minimum mais assurent le coup.

Voila, j’ai fini. Mais ajoutons du soleil

Avant de présenter cette pure merveille.

 

Les oiseaux font l’amour

Au soleil toujours.

 

C’est beau, non?

Ah bon?

 

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×